L’audience du lundi 22 septembre 2025, cinquième jour du procès en appel de Sosthène Munyemana devant la cour d’assises de Paris, a été marquée par le témoignage de Johan Swinnen, ancien ambassadeur de Belgique au Rwanda entre 1990 et 1994.
Dès l’ouverture à 9h30, le président a indiqué qu’un témoin serait écarté. La cour a cependant accepté l’intégration de nouvelles pièces, à la demande des parties civiles, avant l’audition de M. Swinnen. Après une brève suspension, le diplomate retraité de 59 ans a été invité à livrer un exposé introductif.
Témoignage d’un ancien ambassadeur
Swinnen a rappelé son arrivée à Kigali en août 1990, quelques semaines avant la première offensive du Front patriotique rwandais (FPR). Selon lui, le Rwanda connaissait alors une phase de réformes vers la démocratisation, mais restait confronté au problème du retour des réfugiés. Il a insisté sur la polarisation politique et sur « une histoire du génocide mal racontée, trop polarisée pour ou contre Habyarimana ».
L’ancien diplomate a posé plusieurs questions restées ouvertes : comment tant de Rwandais ont-ils sombré dans l’extrémisme ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994 ? Le génocide relevait-il d’un plan organisé ? À ces interrogations, il a affirmé ne pas disposer de réponses définitives.
Swinnen a par ailleurs évoqué la diffusion de messages de haine par la RTLM et les « Dix commandements des Bahutu », tout en rappelant que le FPR avait également commis des massacres. Il a souligné les efforts de paix, mais s’est montré critique envers l’absence d’action internationale et la lenteur à qualifier officiellement les événements de génocide.
Échanges serrés avec la cour
Le président de la cour a confronté le témoin à plusieurs contradictions, notamment sur sa vision d’un Rwanda « stable » en 1990, ou encore sur sa réticence à qualifier clairement le rôle du gouvernement intérimaire de 1994. Swinnen a reconnu que ce gouvernement avait « attisé et renforcé la haine », tout en affirmant qu’il aurait dû faire davantage pour stopper les massacres.
Les avocats des parties civiles ont insisté sur la reconnaissance du génocide des Tutsi et sur les signes précurseurs, tels que les massacres des Bagogwe et du Bugesera. Le témoin a confirmé ses inquiétudes de l’époque mais a réitéré son absence de preuve d’un « plan concerté », une position critiquée comme trop prudente.
Documents et suites du procès
Au fil des débats, la fameuse lettre ouverte cosignée par Munyemana en 1993 a été évoquée, ainsi que des tracts circulant avant 1994. Le témoin a aussi été interrogé sur le départ de l’accusé vers le Zaïre, question à laquelle il n’a pas apporté de réponse claire.
La journée s’est achevée après plus de six heures d’audience par le visionnage de documentaires proposés par la défense, dénonçant le régime actuel du président Kagame. Leur pertinence dans le cadre du procès a toutefois été mise en doute.
Âgé de 69 ans, le docteur Sosthène Munyemana, condamné en décembre 2023 à 24 ans de réclusion pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité, joue dans ce procès en appel une partie décisive de sa vie. Les débats, qui doivent se clore en octobre prochain, détermineront s’il voit sa peine confirmée, aggravée ou allégée.