L’Afrique ne doit pas se précipiter pour adopter l’intelligence artificielle (IA), mais réfléchir aux problèmes qu’elle veut résoudre grâce à elle. C’est le message lucide lancé par le président rwandais Paul Kagame lors du Transform Africa Summit (TAS) tenu à Conakry, en Guinée.
“Le succès ne dépendra pas seulement de la rapidité avec laquelle nous adoptons cette technologie, mais surtout des problèmes auxquels nous choisirons de l’appliquer.”
De Kigali à Conakry : une vision numérique qui se poursuit
Le Transform Africa Summit est une idée née à Kigali il y a plus d’une décennie, à un moment où le monde entrait dans une ère numérique sans précédent. Kagame s’en est souvenu avec fierté : “Les opportunités étaient claires : investir dans le haut débit et utiliser la connectivité comme tremplin pour un développement plus compétitif.” Depuis, le Rwanda et ses partenaires de l’alliance Smart Africa ont fait du numérique un levier central du développement africain. Mais, selon Kagame, le monde de 2025 est devenu plus complexe, plus interconnecté, et surtout plus rapide dans son évolution technologique.
L’IA, un outil au service des besoins africains
Sous le thème “AI for Africa: Innovate Locally, Impact Globally”, le sommet de Conakry a réuni dirigeants, experts et innovateurs autour d’un même enjeu : comment faire de l’IA une solution africaine, et non une dépendance importée. “Pour l’Afrique, le succès dépendra non seulement de la rapidité avec laquelle nous déployons cet outil, mais aussi des problèmes que nous choisissons de résoudre grâce à lui”, a insisté Kagame. Au Rwanda, le gouvernement prévoit que l’IA contribue à hauteur de 5 % du PIB national d’ici la fin de la décennie. Des applications concrètes sont déjà visibles dans la santé, l’éducation et l’agriculture, tandis qu’un cadre national sur l’intelligence artificielle est en préparation pour orienter ces innovations.
Combler le fossé numérique africain
Le président rwandais a salué l’énergie de la jeunesse africaine, qu’il a décrite comme “bénie” par sa créativité et son adaptabilité technologique. Mais il a aussi rappelé les écarts structurels à combler : “Nous devons investir davantage dans les infrastructures numériques, les compétences et les cadres réglementaires. Fermer ces écarts nécessite une collaboration étroite entre le secteur public et le secteur privé.” Kagame a félicité le Smart Africa Alliance pour la création du Conseil africain de l’intelligence artificielle et du Fonds africain de l’IA, deux initiatives clés pour mobiliser les investissements nécessaires. D’après la Banque africaine de développement (2024), il faudrait près de 100 milliards de dollars d’ici 2030 pour combler le déficit d’investissement numérique du continent.
Apprivoiser, pas craindre l’intelligence artificielle
Les craintes entourant l’IA dont perte d’emplois, atteinte à la vie privée et insécurité, ne laissent personne indifférent. Kagame n’a pas éludé ces inquiétudes : “Une partie de ces craintes est infondée, une autre traduit simplement la peur de l’inconnu. Mais cette réalité est là pour rester. Nous devons apprendre à vivre avec elle.” Pour lui, l’histoire technologique prouve que les innovations ne remplacent pas l’humain : elles l’aident à accomplir davantage. “La science et la technologie sont des moteurs puissants de créativité et de performance. Elles ne sont pas là pour remplacer qui que ce soit, mais pour renforcer nos capacités.”
Un avenir africain façonné par la technologie
L’Afrique veut désormais passer du statut de consommatrice à celui de créatrice de solutions numériques. Selon un rapport de l’Union internationale des télécommunications (2025), le continent pourrait tripler sa productivité numérique d’ici 2030 si les politiques d’IA sont alignées au niveau régional. Pour Kagame, l’enjeu est clair : “L’Afrique doit rester actrice de sa propre transformation numérique. L’IA n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’améliorer la vie de nos citoyens.”