En fin d’après-midi du 26 novembre, devant la salle d’ophtalmologie de l’Hôpital de District de Nyagatare, une femme de 79 ans, Mukarusagara Valérie, contemple timidement les silhouettes qu’elle n’arrivait plus à distinguer depuis longtemps. Dans ses yeux, déjà opérés quelques heures plus tôt, brillent des larmes, non pas de douleur, mais d’émotion et de gratitude.
« Avant, je ne voyais presque plus. Aujourd’hui, ma vue est claire. Que Dieu bénisse l’hôpital de Nyagatare. »

Non loin d’elle, Gérald Mugimba, 71 ans, originaire du même secteur de Karangazi, esquisse un sourire rare chez ceux qui viennent de quitter un bloc opératoire. Pendant quatre ans, la cataracte l’avait privé de la capacité de lire ne serait-ce qu’une ligne. Mais ce jour-là, il recommence à déchiffrer les lettres d’un livre
.« C’est incroyable ! Je peux lire, les lettres sont devenues grandes pour moi. Je suis impatient de rentrer chez moi et de lire ma Bible. »
Ces deux témoignages reflètent l’impact profond de l’action de chirurgie de la cataracte menée à Nyagatare du 23 au 26 novembre, en collaboration entre l’Hôpital de District et la Fred Hollows Foundation. Au total, 39 yeux affectés par la cataracte ont été opérés, tous chez des patients âgés de plus de 50 ans.
Une maladie liée principalement au vieillissement

Emmanuel Uzabakiriho, l’Ophtalmologue à l’Hôpital de Nyagatare, explique que la cataracte est majoritairement liée au vieillissement naturel du cristallin.
« A partir de 40 ans, il est fortement recommandé de faire examiner régulièrement ses yeux afin de détecter à temps une éventuelle cataracte. Elle progresse lentement, parfois sans douleur, jusqu’à provoquer une perte de vision importante. »
Avant les opérations, l’équipe médicale avait parcouru plusieurs centres de santé de la zone afin de dépister les personnes présentant des signes de cataracte. Sur 80 cas identifiés, seuls 39 ont pu être opérés; les autres n’ont pas pu se rendre à l’hôpital pour diverses raisons.
Le poids de la cataracte au Rwanda, une urgence silencieuse
Selon le Rwanda National Blindness Survey (2015), la cataracte demeure l’une des principales causes de cécité dans le pays. Parmi les Rwandais âgés de 50 ans et plus, 1,1 % souffraient de cécité, et 83,9 % de ces cas auraient pu être prévenus ou traités. Par ailleurs, 4,4 % présentaient une déficience visuelle modérée à sévère. L’étude a également estimé que plus de 49 000 yeux chez les personnes de 50 ans et plus nécessitaient une chirurgie de la cataracte, tandis que le taux de couverture chirurgicale de la cataracte (CSC) pour les cas graves était évalué à 68,4 %.