GS Nyagatare dit non aux ghettos

Dans un contexte où le Rwanda continue d’explorer des solutions durables pour améliorer les résultats scolaires et renforcer l’éducation de qualité, l’école GS Nyagatare, située au secteur de Nyagatare, a pris une décision audacieuse : mettre fin au système de logements précaires dits « ghettos » au profit d’un retour systématique des élèves dans leurs familles chaque soir. Cette mesure vise à renforcer la sécurité, à encourager un meilleur comportement et à favoriser des performances scolaires accrues.

Benison Muvara, président de l’association des parents et des enseignants (PTA) à GS Nyagatare, se réjouit de cette réforme : « Aujourd’hui, notre école est parmi les meilleures en termes de résultats. Nous avons plus de 3 000 élèves, et chaque année le nombre augmente, tant la qualité de l’enseignement s’améliore. Nous avons mis fin à la pratique des “ghettos“ : aucun garçon, aucune fille ne dort plus là-bas. »

De fait, beaucoup d’élèves viennent de villages assez éloignés , de Kabare, Nshuri, Rutaraka, Mirama, Cyonnyo,  et se déplacent à vélo ou en transport en commun. Cette organisation permet non seulement d’éviter les pièges liés à la vie au ghetto (alcool, pressions sociales, toxicomanie, relations précoces…), mais aussi de maintenir un lien familial solide et un encadrement parental quotidien.

Le directeur de l’établissement, M. Félix Murambya, affirme que ce retour au foyer a transformé le climat scolaire. Avec près de 3 000 élèves et 64 enseignants, malgré une charge importante, les résultats ne cessent de progresser : aux examens de fin de primaire, 79 % de réussite, 82 % au cycle général, et jusqu’à 91 % en dernière année de secondaire. Selon lui, cette amélioration repose largement sur l’environnement plus stable et serein qu’offre le fait de dormir chez soi.

Il souligne également que, pendant la période 2014‑2016, la vie dans des ghettos était souvent synonyme de mauvaises habitudes. « Un enfant dans l’alcool ou un comportement inapproprié ne peut pas réussir. Depuis que les enfants retournent dans leur foyer, leur comportement s’est nettement amélioré, et leurs résultats s’en ressentent. »

Du côté des parents, l’impact est aussi durable. Claudine Nyirihirwe, mère d’élèves à GS Nyagatare, explique : « Quand mon enfant rentre à la maison le soir, je peux lui parler, savoir ce qui ne va pas et l’aider dans sa scolarité et sa vie quotidienne. Avant, dans les ghettos, personne ne les encadrait, et ils étaient souvent livrés à eux‑mêmes. »

Cadre légal et politique

Cette stratégie s’appuie sur des réformes légales et réglementaires nationales. Depuis l’instauration du système d’éducation de douze années (12YBE), le Rwanda cherche à réduire le nombre d’élèves en internat (boarding) afin d’élargir l’accès à l’éducation sans imposer des coûts élevés aux familles.

La Loi n° 10/2021, qui organise le système éducatif, stipule que les établissements d’enseignement secondaire doivent être autorisés pour accueillir des internes : seuls les établissements habilités par l’agence nationale d’inspection de l’éducation peuvent avoir des élèves « boarders », selon des normes définies par arrêté ministériel.

Le Ministerial Order n° 8/2016 précise les conditions du système d’internat : pour les écoles primaires publiques, tous les élèves doivent être « day scholars » (sauf exception motivée et approuvée), et pour les écoles secondaires, l’assemblée générale de l’établissement doit définir, dans son règlement interne, les modalités relatives à la discipline, la sécurité, les responsabilités des parents, le personnel, etc.

Grâce à ce cadre, des écoles comme GS Nyagatare peuvent repenser leur modèle, notamment en luttant contre le fait que les élèves logent dans des ghettos. Elles garantissent ainsi un suivi parental plus étroit, réduisent les coûts liés à l’hébergement et renforcent la qualité de l’éducation.

Le choix de GS Nyagatare n’est pas seulement un acte local : il s’inscrit dans une vision nationale qui valorise l’éducation inclusive et responsable, tout en renforçant le rôle de la famille dans la formation de l’élève. En encourageant les élèves à « rentrer à la maison », l’école favorise non seulement un meilleur environnement social, mais aussi des performances scolaires accrues,  une démonstration que le retour au foyer peut être une force puissante dans l’éducation de demain.

 

Mariette UWAMALIYA

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