Le modèle de gouvernance rwandais, longtemps cité pour la forte implication des citoyens dans la vie publique, fait aujourd’hui face à un nouveau défi : la baisse de la participation communautaire observée depuis la pandémie de Covid-19.
S’exprimant lors du Conseil national de dialogue (Umushyikirano), la Directrice générale du Rwanda Governance Board (RGB), Doris Picard Uwicyeza, a relevé une diminution de l’engagement des citoyens dans des cadres civiques clés tels que l’Umuganda et les conseils de citoyens, des mécanismes historiquement centraux dans l’appropriation des politiques publiques.
Selon elle, les avancées socio-économiques enregistrées par le Rwanda au cours des dernières décennies ne sont pas uniquement le fruit de l’action gouvernementale, mais reposent largement sur l’implication active des citoyens dans la mise en œuvre des programmes nationaux.
« Notre développement a été possible parce que les citoyens se sont approprié les programmes du gouvernement et ont participé directement à leur exécution », a-t-elle rappelé, avertissant qu’un affaiblissement de cette dynamique pourrait ralentir les ambitions du pays inscrites dans la Vision 2050.
La responsable du RGB a particulièrement interpellé la jeunesse, soulignant que son engagement sera déterminant pour l’avenir du modèle de gouvernance rwandais. Elle l’a invitée à jouer un rôle plus actif dans la vie civique et dans les programmes publics.
« Lorsque vous participez, vous n’êtes plus seulement bénéficiaires, vous devenez partenaires », a-t-elle déclaré.
Uwicyeza a également rappelé les profondes transformations opérées dans la gouvernance locale, contrastant l’époque actuelle avec celle des anciens bourgmestres, marquée par la peur et la coercition. Elle a évoqué une période où les citoyens convoqués à la commune se rendaient aux réunions munis de couvertures, incertains de pouvoir rentrer chez eux.
« La gouvernance a totalement changé par rapport à ces années-là », a-t-elle affirmé, soulignant le choix délibéré du Rwanda de bâtir des institutions au service des citoyens, respectueuses de leurs droits et fondées sur l’égalité.
Aujourd’hui, a-t-elle expliqué, la qualité de la gouvernance se mesure à travers le fonctionnement des institutions, l’accessibilité des services publics et la capacité des autorités à écouter la voix des citoyens.
Les recherches annuelles du Rwanda Governance Board sur la gouvernance et la prestation de services montrent une amélioration significative de la confiance entre les citoyens et l’État au cours des trente dernières années. Elles mettent toutefois en évidence des défis persistants, notamment en matière d’efficacité, de rapidité et de réactivité des services publics.
« Les citoyens ne se demandent plus seulement si les services existent, mais s’ils sont fournis à temps, s’ils sont faciles à utiliser et adaptés aux nouvelles technologies », a-t-elle souligné, notant que les attentes ont évolué avec l’accès accru à l’éducation et aux outils numériques.
Elle a enfin rappelé que les progrès du Rwanda reposent sur une collaboration étroite entre les institutions publiques et les citoyens, citant la période 2008-2011 durant laquelle plus d’un million de personnes sont sorties de la pauvreté grâce, notamment, à l’appropriation collective des programmes de développement communautaire et de protection sociale.
À l’approche des objectifs de long terme du pays, le message de la responsable du RGB est sans équivoque : la pérennité des acquis dépendra autant de la solidité des institutions que de la capacité à revitaliser l’engagement citoyen au cœur de la gouvernance.