Rwanda : la menace du moustique revient

Alors que le pays avait semblé reprendre l’avantage sur la malaria, des signaux inquiétants montrent que l’ennemi est loin d’être vaincu. Au Rwanda Biomedical Centre (RBC), on observe que les cas n’ont cessé de baisser au cours des dernières années, pour atteindre environ 40 cas pour 1 000 personnes en 2023. Pourtant, en 2024, une résurgence est signalée voire déjà amorcée.

Une épidémie sous contrôle… puis un retour en force

Le Rwanda avait enregistré une forte réduction des cas de malaria : de plus de 4,8 millions de cas en 2016–17, à environ 620 000 cas en 2023–24. Mais cette baisse masque une fragilité : une étude récente montre une hausse estimée à +45,8 % des cas en 2024, signalant une reprise. Dans ce contexte, l’intervention de pulvérisation intradomiciliaire (IRS – Indoor Residual Spraying) et d’autres mesures de prévention sont plus que jamais d’actualité.

Le dispositif de riposte veille

Le Dr Aimable Mbituyumuremyi, responsable du programme contre la malaria au RBC, insiste : « On recourt à la campagne de IRS ; parallèlement, la mobilisation communautaire et l’engagement des leaders locaux et des organisations de la société civile sont en cours pour sensibiliser à la prévention de la maladie pendant cette saison à haut risque. »
Il rappelle aussi que : « Vous pouvez être infecté par la malaria sans symptôme mais transmettre les parasites à des moustiques, lesquels vont infecter d’autres personnes. Nous conseillons à quiconque présente fièvre, maux de tête, douleurs articulaires ou nausées de se faire tester. Dans certains cas, tester des personnes asymptomatiques peut aussi être recommandé pour soutenir l’effort d’élimination. »

Pour faire face à la résistance aux traitements, le Rwanda a importé de nouveaux médicaments : la dihydroartémisinine‑pipéraquine et l’artésunate‑pyronaridine sont désormais disponibles dans les centres de santé et au niveau communautaire.
« Nous exhortons la population à utiliser systématiquement toutes les mesures de prévention : dormir sous une moustiquaire, pulvériser les maisons, éliminer les lieux de reproduction, utiliser des répulsifs et consulter tôt en cas de maladie. »

« On respire un peu »: témoignages du terrain

À Kigali, le Dr Eric Niyongira note  : « Les cas de malaria ont tendance à monter pendant la saison des pluies, avec des symptômes précoces souvent similaires à ceux de la grippe. Fièvre élevée, frissons ou sueurs, forte céphalée, douleurs musculaires et articulaires, nausées ou vomissements peuvent apparaître 10 à 15 jours après la piqûre d’un moustique infecté. Quiconque présente ces signes doit se faire tester immédiatement et ne pas ignorer une fièvre persistante. »

Il ajoute que la moustiquaire imprégnée et la pulvérisation d’intérieur restent des mesures de prévention très efficaces ; et détaille : « On peut supprimer l’eau stagnante, car même de petites flaques peuvent devenir des nids de reproduction de moustiques. Videz ou couvrez les récipients, les vieux pneus, les pots de fleurs. Nettoyez les drains obstrués, remplissez les zones basses, et gardez l’herbe et les buissons taillés pour éviter que l’eau ne s’accumule. Installer des moustiquaires aux fenêtres et portes aide à protéger à la fois votre famille et vos voisins de l’infection. »

A Gatsibo, le pharmacien Emmanuel Ntidendereza déclare : « Plusieurs produits répulsifs efficaces sont disponibles en pharmacie et dans les commerces locaux, comme Pico Spray, Doctor’s Gel ou la machine électrique Cock Electric Liquid pour la maison. Pico Spray s’applique sur le corps, Doctor’s Gel est une crème topique qui protège aussi contre les piqûres. Ces répulsifs sont disponibles sans ordonnance. Cependant je recommande d’acheter en pharmacie, où les produits sont authentiques et réglementés, contrairement à certains commerces ordinaires où des contrefaçons peuvent exister. »

Il mentionne les prix : « Doctor’s Gel coûte environ 2 500 F Rwandais, Pico Spray entre 7 000 et 8 500 selon la pharmacie. Bien que cela soit élevé pour certains, beaucoup achètent encore les répulsifs, surtout la machine Cock Electric à domicile. » Et il recommande : « Une alimentation équilibrée riche en nutriments aide l’organisme à combattre les parasites. »

Pourquoi cette reprise ?

Plusieurs facteurs conjugués peuvent expliquer cette remontée : agrandissement des zones propices aux moustiques, résistance aux insecticides ou aux médicaments antipaludiques, couverture non optimale des interventions, mobilité humaine et tourisme.

Une étude récente explique : « Le Rwanda enregistre une forte baisse des cas entre 2019 et 2023, mais une augmentation de 45,8 % en 2024 met en lumière des faiblesses. »
Par ailleurs, bien que l’incidence nationale soit passée de 47 cas pour 1 000 personnes en 2022‑23 à 45 cas pour 1 000 en 2023‑24, cette réduction est modeste.

Le message derrière les chiffres

Le Rwanda a fait école en matière de lutte contre la malaria. “Mais comme un adversaire qui se réinvente, la maladie revient par des voies moins visibles. Le renforcement des outils existants ,moustiquaires, pulvérisation, traitement , demeure indispensable. Toutefois, sans la participation active des communautés, sans surveillance fine et sans adaptation aux mutations de l’ennemi, la victoire risque d’être fragile”, note le Pharmacien Ngabitsinze Edouard.

Selon lui, le temps n’est plus à se féliciter du recul déjà obtenu, mais à approfondir les avancées, corriger les faiblesses et mobiliser tous les acteurs. Car derrière chaque chiffre existe un enfant malade, un parent inquiet, une école fermée.

“Le bruit discret des pulvérisations à l’aube, l’affiche de sensibilisation sur un mur de cellule de santé, le pilulier d’un répulsif : autant de gestes modestes qui pourraient constituer, collectivement, l’arme de la résilience”, prévient Ngabitsinze.

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