Entre 2020 et 2024, la présence des femmes sur le marché du travail rwandais a connu une progression notable, signe d’une inclusion croissante dans l’économie nationale. Selon le Rapport thématique sur le genre issu de l’Enquête sur la force de travail 2024 publiée par l’Institut national de la statistique du Rwanda (NISR), la part des femmes actives a gagné 7,4 points de pourcentage en l’espace de quatre ans.
Des progrès mesurés mais significatifs
En 2020, 48,2 % des femmes en âge de travailler étaient économiquement actives. Ce taux est passé à 55,6 % en 2024, contre une progression de 65,6 % à 71,1 % pour les hommes sur la même période. L’écart demeure ,mais il se réduit progressivement, reflétant les efforts de l’État rwandais et des acteurs sociaux pour promouvoir l’égalité des chances.
Les populations urbaines affichent des taux d’activité plus élevés que leurs homologues rurales. En 2024, près de 65 % des femmes urbaines étaient actives économiquement, contre 51,9 % des femmes rurales. Chez les hommes, ces proportions s’établissent à 79,5 % en zone urbaine et 67,4 % en zone rurale, un indicateur des disparités structurelles entre villes et campagnes.
Education et âge, moteurs de l’activité
L’âge et le niveau d’instruction restent des déterminants majeurs de l’engagement dans la vie économique. La tranche d’âge la plus active se situe entre 25 et 34 ans : en 2024, 71,1 % des femmes et 88,7 % des hommes de cet âge étaient sur le marché du travail. À l’inverse, l’activité chute nettement après 65 ans.
Le niveau d’éducation offre aussi un avantage décisif. Les femmes diplômées de l’université affichent un taux de participation de 85,2 %, contre 54,7 % pour celles sans éducation formelle. Les hommes suivent une trajectoire similaire : de 72 % sans formation scolaire à 90,4 % parmi les diplômés universitaires.
Un marché du travail plus employeur, moins exclusif
L’augmentation de la participation s’est accompagnée d’une amélioration des perspectives d’emploi. La proportion de femmes en emploi est passée de 38,5 % à 45,9 %, tandis que chez les hommes, elle a progressé de 55,2 % à 62,2 % entre 2020 et 2024.
Le taux de chômage national recule également : chez les femmes, il est passé de 20,3 % à 17,6 %, et chez les hommes, il est tombé à 12,6 %. Les jeunes femmes âgées de 16 à 24 ans ont enregistré une baisse de leur taux de chômage, de 26,8 % à 22,9 %, marquant un léger fléchissement des obstacles structurels à l’emploi des jeunes.
Des secteurs d’emploi contrastés
L’agriculture demeure le principal employeur du pays, malgré une légère érosion : en 2024, elle représentait 47,9 % des emplois féminins et 33,3 % des emplois masculins. Le nombre de travailleurs agricoles a augmenté, passant d’environ 1,72 million à plus de 1,77 million.
Le secteur des services, pour sa part, continue de croître : le nombre d’emplois y est passé d’environ 1,58 million à plus de 1,90 million entre 2023 et 2024. Les femmes représentent 42,5 % des effectifs du secteur, contre 43,2 % pour les hommes. Le commerce de gros et de détail concentre la plus grande part des emplois, avec 17,5 % pour les femmes et 10,7 % pour les hommes.
L’industrie demeure le plus modeste pourvoyeur d’emplois, mais enregistre une progression, passant de 662 203 à 764 324 travailleurs. La construction, segment traditionnellement masculin, emploie 14,9 % des hommes contre 3,1 % des femmes, tandis que la fabrication affiche une répartition plus équilibrée (5,8 % femmes, 5,6 % hommes).
Personnes en situation de handicap : une inclusion encore fragile
Les personnes vivant avec un handicap restent fortement désavantagées sur le marché du travail. En 2020, 18 % étaient employés, chiffre passé à 22,6 % en 2024. Cependant, la participation globale des personnes handicapées reste nettement inférieure à celle des personnes sans handicap (26,6 % contre 64,1 % en 2024). Chez les hommes handicapés, le taux de participation est de 32,7 %, contre **22,6 % pour les femmes.
Des disparités de revenus et de temps encore marquées
Malgré ces progrès, les inégalités perdurent. En 2024, les femmes gagnaient en moyenne 54 406 francs rwandais par mois, contre 89 549 francs pour les hommes , un écart qui reflète les barrières persistantes à l’accès à des emplois mieux rémunérés.
Les écarts dans l’usage du temps illustrent aussi la persistance des rôles traditionnels : les hommes passent plus d’heures dans des emplois rémunérés, tandis que les femmes consacrent davantage de temps aux tâches domestiques et aux soins non payés, limitant leur disponibilité pour des activités génératrices de revenus.
En dépit des progrès encourageants, le chemin vers une pleine égalité reste long. L’inclusion croissante des femmes dans la vie active rwandaise est une avancée notable, mais elle appelle à des politiques plus incisives pour réduire les écarts de salaires, renforcer l’accès à des emplois de qualité et promouvoir une répartition plus équitable du travail au sein des ménages.