Du stade de Nyagatare vers Agasantimetero, 23 kilomètres pour marcher dans les pas de l’Histoire
Par Mariette UWAMALIYA
Il est vendredi 3 juillet 2026, un peu plus de neuf heures du matin lorsque les premiers groupes quittent le stade de Nyagatare, à l’est du Rwanda. Devant eux, 23 kilomètres de marche. Au bout du parcours, Agasantimetero à Gikoba, dans le secteur de Tabagwe : un lieu discret, presque anonyme sur une carte, mais chargé d’une forte portée historique. Selon les récits de la guerre de libération, c’est ici que se trouvait l’un des postes de commandement du Président Paul Kagame au début de l’offensive lancée en octobre 1990.
Près de 4 500 personnes prennent le départ. Plus de neuf participants sur dix sont des jeunes venus de la Province de l’Est, rejoints par d’autres de Kigali. Tous participent au Liberation Tour 2026, organisé par le District de Nyagatare à la veille de la 32e commémoration de la Libération du Rwanda autour du thème : « Se libérer, une étape vers notre vision ».
Pour les organisateurs, cette marche ne relève pas du défi sportif. Elle se veut avant tout un exercice de mémoire.

« Ce n’est pas une simple marche de 23 kilomètres », explique le gouverneur de la Province de l’Est, Pudence Rubingisa. « C’est une marche de l’histoire, des valeurs et de la vision, particulièrement destinée à la jeunesse. Nous voulons qu’elle comprenne d’où vient le pays, ce qui a été accompli et la responsabilité qui lui revient désormais. »
Devant les marcheurs rassemblés à Agasantimetero, le gouverneur rappelle que les combats d’hier ont laissé place à d’autres défis.
« Aujourd’hui, la jeunesse n’a plus une guerre de balles à mener. Son combat est celui de la connaissance, de la technologie, de l’innovation, de l’unité et du développement. »
Selon lui, revenir chaque année sur ce site permet de relier les nouvelles générations à une histoire qu’elles n’ont pas vécue.
« Nous souhaitons que les jeunes repartent d’ici avec des repères solides. Comprendre le chemin parcouru aide à mesurer celui qu’il reste à accomplir. »
L’ambition est désormais d’élargir cette initiative. Lancée à l’échelle du district de Nyagatare avant de devenir provinciale, elle pourrait, espère le gouverneur, accueillir à l’avenir des jeunes venus de toutes les régions du Rwanda.
Marcher pour comprendre
A mesure que les kilomètres défilent, les échanges se multiplient entre les participants. Beaucoup découvrent pour la première fois Gasantimetero.
Jean d’Amour Tuyishime, étudiant à l’Université du Rwanda, campus de Nyagatare, estime que cette visite donne une autre dimension aux enseignements reçus en classe.
« Cette marche me renforce dans la volonté de préserver les acquis du pays. Voir le lieu où cette histoire s’est écrite permet de mieux la comprendre. »

Venue du district de Kirehe, Scovia Uwera participe pour la première fois au Liberation Tour.
« J’en retiens avant tout le sens de l’engagement. Ceux qui ont mené cette lutte se sont sacrifiés pour leur pays. A notre génération de poursuivre cet engagement autrement, à travers notre travail et notre contribution au développement. »
Même sentiment pour Daniel Uwiringiyimana, lui aussi originaire de Kirehe.
« Découvrir cet endroit permet de mieux comprendre les efforts consentis par ceux qui nous ont précédés. Lorsqu’on connaît les faits, il devient plus difficile de laisser déformer cette histoire. »
La libération se mesure aussi au développement
Pour le maire intérimaire du district de Nyagatare, Henry Kakooza, l’héritage de la Libération s’observe également dans les transformations du territoire.

Il cite notamment plus de 200 kilomètres de routes asphaltées réalisés ces dernières années, l’extension de l’accès à l’eau potable dans les secteurs de Kiyombe et de Muvumba, les progrès de l’électrification ainsi que plusieurs projets agricoles d’envergure, parmi lesquels le projet Muvumba et le Gabiro Agribusiness Hub.
« La lutte de libération visait avant tout à rendre sa dignité au citoyen rwandais et à créer les conditions de son développement », souligne-t-il.

Alors que les derniers marcheurs arrivent à Agasantimetero à Gikoba, le silence s’installe quelques instants autour de ce site devenu un symbole. L’endroit rappelle qu’une histoire nationale peut parfois basculer depuis un espace minuscule.
Chaque 4 juillet, le Rwanda célèbre la Libération du pays et la fin du Génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Pour les milliers de jeunes réunis à Agasantimetero, cette marche voulait surtout rappeler qu’au-delà de la mémoire, la Libération demeure un engagement à poursuivre : celui de préserver les acquis, de renforcer l’unité nationale et de contribuer, chacun à sa place, au développement du pays.