Kigali accélère sa transformation urbaine avec un projet d’écoquartier d’envergure qui entend concilier croissance démographique, protection de l’environnement et accès au logement. Dans une capitale où l’expansion urbaine redessine déjà le paysage, les autorités rwandaises veulent faire émerger un nouveau modèle de ville plus verte et moins dépendante de la voiture.
Le futur développement prévoit notamment un vaste parc écologique de 70 hectares destiné à préserver la biodiversité et à créer une ceinture verte au cœur des nouveaux espaces urbains. L’idée est de rompre avec les modèles de bétonisation intensive qui accompagnent souvent la croissance rapide des métropoles africaines.
Autour de cet espace naturel prendront place des logements abordables, des commerces et des infrastructures publiques pensées pour favoriser une vie de quartier plus autonome et plus durable.
Le projet s’inscrit dans la vision du Kigali Master Plan 2050, feuille de route qui guide l’expansion de la capitale rwandaise pour les prochaines décennies. Plusieurs villages sont concernés, parmi lesquels Rusenyi, Ngaruyinka, Birembo, Taba, Binunga et Gasharu.
Mais avant même le lancement des grands travaux, le gouvernement doit régler la question sensible des indemnisations foncières. Près de 3,7 milliards de francs rwandais seront nécessaires pour compenser les propriétaires affectés par la modernisation du quartier informel de Ngaruyinka, l’un des projets pilotes du programme Green City Kigali.
« Le budget est nécessaire pour que les travaux du projet Green City puissent commencer », a déclaré Fidèle Bingwa, secrétaire permanent au ministère de l’Environnement.
Selon Jean Nepo Ndayambaje, responsable de programme au Rwanda Green Fund, les compensations couvriront « les terrains, bâtiments, arbres et autres biens affectés » avant le démarrage des constructions, conformément à la loi rwandaise sur l’expropriation.
Le projet pilote de Ngaruyinka ambitionne de transformer un quartier informel de 18 hectares en un espace urbain résilient face au changement climatique, avec routes modernisées, drainage des eaux pluviales, éclairage public solaire, centre de formation professionnelle et infrastructures de mobilité améliorées.
Une autre composante de 16 hectares sera développée sur un site vierge, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Entre 1 700 et 2 000 logements écologiques devraient y être construits d’ici 2030.
Au-delà du logement, Kigali veut également transformer les habitudes de déplacement. Le projet prévoit l’intégration d’un réseau de Bus Rapid Transit connecté au système de transport de la capitale. Les autorités espèrent qu’à terme, 38 % des trajets se feront à pied ou à vélo, contre 40 % en transport public.
Les bâtiments seront certifiés EDGE, un standard international de construction durable, avec l’objectif de réduire de 40 % la consommation énergétique et de 20 % l’utilisation d’eau.
A terme, le Green City Kigali Masterplan, qui couvre plus de 600 hectares, pourrait accueillir entre 170 000 et 200 000 habitants et générer plus de 51 500 emplois. Une ambition qui illustre la volonté de Kigali de s’imposer comme un laboratoire africain de la ville durable.