Dans l’Est du Rwanda, le district de Nyagatare possède l’un des plus grands potentiels agricoles et pastoraux du pays. Ses vastes terres, son climat favorable et sa tradition d’élevage en font une région stratégique pour l’économie nationale. Pourtant, malgré ces atouts, les investissements des jeunes dans l’agriculture et l’élevage restent encore faibles, alors même que le marché offre d’énormes opportunités.
Aujourd’hui, les autorités locales veulent changer cette réalité. Leur ambition est claire : faire de la jeunesse le moteur d’une nouvelle génération d’agrobusiness moderne, rentable et technologique.
Le constat est sans appel. Selon les données de National Institute of Statistics of Rwanda (NISR), près de 58 % à 60 % des terres du Rwanda sont consacrées à l’agriculture, un secteur qui demeure l’un des piliers de l’économie nationale. Toutefois, l’adoption des semences améliorées et des technologies agricoles modernes reste encore limitée, en particulier chez les petits producteurs.
A Nyagatare, cette situation contraste fortement avec les besoins réels du marché. Le maire du district, Kakooza Henry, estime que les jeunes représentent la meilleure chance pour moderniser l’agriculture et l’élevage.
« Les jeunes comprennent vite, ils sont ouverts au changement et capables d’utiliser les nouvelles technologies », explique-t-il.

Dans le secteur laitier par exemple, les opportunités sont immenses. L’usine de transformation de lait d’Inyange aurait besoin d’environ 650 000 litres de lait par jour, mais n’en reçoit actuellement qu’entre 120 000 et 130 000 litres, selon les responsables du district. Ce déficit illustre à lui seul l’ampleur du marché encore inexploité.
Pour les autorités, cela signifie qu’il ne s’agit plus seulement de produire pour survivre, mais de produire pour un marché déjà existant.
Le même constat est fait dans la viande bovine. Des investisseurs cherchent désormais des fournisseurs capables d’exporter vers des marchés régionaux comme la République démocratique du Congo ou le Congo-Brazzaville. Pourtant, beaucoup de jeunes hésitent encore à investir dans ces secteurs, souvent perçus comme pénibles ou réservés aux générations plus âgées.
Cette hésitation s’explique notamment par le manque de capital, l’accès limité aux équipements modernes et une faible culture entrepreneuriale dans l’agriculture. Plusieurs terres familiales restent également sous-exploitées.
Face à cela, le district veut désormais créer un rapprochement entre les jeunes et les propriétaires terriens, principalement leurs parents, afin que ces terres soient valorisées.
« Nous voulons identifier les jeunes prêts à travailler et les connecter aux familles qui possèdent des terres mal exploitées », affirme le maire.
Mais la nouvelle agriculture que veut promouvoir Nyagatare ne ressemble plus à celle d’autrefois. Les autorités et les partenaires du secteur misent désormais sur l’innovation et les technologies agricoles.
Des entreprises privées commencent déjà à introduire des solutions modernes capables d’augmenter la productivité tout en réduisant les coûts.
C’est le cas de la société LE and LI, qui propose des herbicides modernes utilisés notamment dans les cultures de maïs et de sorgho. Selon Mucyo Karuhura Adoratrice, ces produits permettent de réduire les dépenses liées au désherbage manuel tout en améliorant les rendements agricoles grâce à une meilleure fertilisation des sols après décomposition des herbes.

Dans l’élevage aussi, la technologie gagne du terrain. L’entreprise VETRAC développe des outils numériques permettant de surveiller l’état de santé du bétail, détecter rapidement certaines maladies et améliorer le suivi des troupeaux.
Pour Ikuzwe Benithe, ces innovations ouvrent la voie à une nouvelle catégorie d’entrepreneurs ruraux : des jeunes capables de gagner de l’argent grâce à l’agritech et aux services numériques liés à l’élevage.
Au Rwanda, plusieurs études montrent déjà que l’agriculture moderne attire progressivement une nouvelle génération de diplômés et de jeunes entrepreneurs. Toutefois, les experts estiment que le principal défi reste de transformer la perception de l’agriculture : passer d’une activité de subsistance à un véritable business.
A Nyagatare, cette transition semble désormais engagée. Entre le déficit de production laitière, les marchés régionaux en expansion et l’arrivée des nouvelles technologies, le district dispose d’un terrain favorable pour faire émerger une jeunesse entrepreneuriale tournée vers l’agriculture et l’élevage modernes.
Reste maintenant à savoir si cette jeunesse répondra présente à l’appel.
Par Mariette UWAMALIYA