Ebola s’aggrave en RDC pendant que les soignants réclament leurs salaires
Des professionnels de santé en équipements de protection interviennent dans un centre de traitement Ebola en Ituri, l'une des provinces les plus touchées par l'épidémie qui sévit actuellement en République démocratique du Congo. Photo : OMS RDC.
Par Télesphore KABERUKA
La République démocratique du Congo fait face à une aggravation spectaculaire de l’épidémie d’Ebola, au moment où des agents de santé engagés dans la riposte dénoncent le non-paiement de leurs primes et interrompent leur travail dans certains centres de traitement.
Au 24 juillet 2026, les autorités avaient enregistré 2 973 cas confirmés et 1 309 décès. Selon les responsables sanitaires, il s’agit de l’épidémie d’Ebola à la progression la plus rapide jamais enregistrée dans le pays.
Le 25 juillet, une centaine de médecins, infirmiers et agents de sécurité du Centre de traitement Ebola Elikya, à Bunia, dans la province de l’Ituri, ont manifesté pour réclamer deux mois de primes impayées. Leur mouvement a fortement perturbé la prise en charge des malades dans l’une des zones les plus touchées.
Cette grève est intervenue après un mouvement similaire à l’Hôpital général de Bunia. Certains soignants affirment ne pas avoir reçu de rémunération depuis le début de leur engagement dans la riposte.
Les autorités sanitaires assurent que le problème est en cours de résolution et que les paiements seront désormais effectués par téléphone mobile afin de limiter les retards et les difficultés liées aux versements en espèces.
Mais sur le terrain, la colère des soignants illustre la fragilité du dispositif de riposte. Plus de 100 agents de santé ont déjà été contaminés depuis le début de l’épidémie, tandis que 766 patients restaient hospitalisés ou placés en isolement. Quelque 540 personnes avaient été déclarées guéries.
L’Ituri concentre près de 90 % des cas confirmés. Les équipes médicales sont confrontées à l’insécurité, aux déplacements de population, aux attaques contre les structures sanitaires, au manque de matériel et à la méfiance de certaines communautés.
L’épidémie est provoquée par la souche Bundibugyo, une forme rare du virus Ebola pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin ni traitement officiellement approuvé. Son taux de létalité peut atteindre 40 %.
Contrairement aux maladies respiratoires, Ebola ne se transmet pas par l’air. Le virus se propage principalement par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, vivante ou décédée.
Des essais portant sur deux traitements expérimentaux ont commencé en Ituri, mais les résultats ne sont pas encore disponibles. Dans l’immédiat, la maîtrise de l’épidémie dépend surtout de la détection rapide des malades, de l’isolement, du suivi des contacts et de la confiance des communautés.
Cette crise sanitaire révèle également un problème plus profond : il est difficile de demander aux soignants de risquer leur vie lorsque leur rémunération n’est pas garantie. En laissant les primes s’accumuler, les autorités fragilisent le principal rempart contre une maladie qui continue de progresser plus vite que les équipes chargées de la contenir.