L’ombre d’Ebola s’étend sur l’est de la RDC

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Un soignant en combinaison de protection devant un centre de traitement à Bunia (AP)

Un soignant en combinaison de protection devant un centre de traitement à Bunia (AP)

Face à l’épidémie la plus rapide de ces dernières années, la riposte peine à suivre le rythme

Par Mariette UWAMALIYA

Alors que l’Ouganda entame le compte à rebours de 42 jours qui pourrait lui permettre d’être déclaré exempt d’Ebola, la République démocratique du Congo continue de faire face à une flambée d’une ampleur exceptionnelle. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Haut-Uélé, les chaînes de transmission se multiplient plus vite que les équipes sanitaires ne parviennent à les identifier, faisant craindre une aggravation de la crise dans une région déjà fragilisée par les conflits armés et les déplacements massifs de populations.

A Bunia, dans un centre de traitement d’Ebola installé à la hâte dans l’est de la République démocratique du Congo, les ambulances continuent d’arriver à un rythme soutenu. Derrière les équipements de protection et les protocoles sanitaires, les médecins font face à une réalité inquiétante : de nombreux patients arrivent trop tard, après avoir passé plusieurs jours dans leurs communautés, où ils ont déjà pu transmettre le virus à leurs proches.

Pour les équipes de riposte, l’urgence ne réside plus seulement dans le traitement des malades. Elle consiste désormais à retrouver les personnes infectées avant qu’elles ne disparaissent dans une région où les déplacements de population, l’insécurité et la méfiance compliquent chaque enquête épidémiologique.

Une épidémie qui progresse plus vite que les enquêteurs

Déclarée officiellement le 15 mai 2026, cette flambée est provoquée par le virus Ebola de l’espèce Bundibugyo, une souche rare contre laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin homologué ni traitement spécifique. L’Organisation mondiale de la Santé a rapidement classé la situation parmi les urgences sanitaires internationales en raison du risque élevé de propagation régionale.

Deux mois plus tard, les chiffres donnent la mesure de la crise.

Selon les données les plus récentes relayées par les autorités sanitaires et les partenaires internationaux, plus de 1 900 cas confirmés ont été enregistrés et plus de 700 personnes ont perdu la vie. Plus préoccupant encore, près de huit nouveaux cas sur dix proviennent de chaînes de transmission encore inconnues, signe que le virus circule dans des communautés qui échappent encore aux systèmes de surveillance.

Pour les épidémiologistes, cette donnée est sans doute la plus inquiétante.

Elle signifie que les équipes sanitaires interviennent souvent après que plusieurs générations de contamination se sont déjà produites.

Le poids des conflits et de la méfiance

Contrairement aux précédentes flambées d’Ebola, la lutte actuelle ne se déroule pas uniquement sur le terrain médical.

Une équipe médicale sur le terrain (Reuters)
Une équipe médicale sur le terrain (Reuters)

Dans plusieurs territoires de l’est congolais, les violences armées continuent de perturber les déplacements des équipes de santé. Certains villages restent difficilement accessibles, tandis que d’autres demeurent sous l’influence de groupes armés.

A ces difficultés sécuritaires s’ajoute un autre défi : la désinformation.

Des messages viraux diffusés sur WhatsApp accusent parfois les soignants d’introduire volontairement la maladie dans les communautés. Dans certains villages, ces rumeurs ont conduit à des agressions contre des volontaires, au saccage d’équipements médicaux et au refus de familles de signaler des cas suspects.

Les autorités sanitaires reconnaissent que cette méfiance ralentit considérablement les opérations de recherche des contacts.

Une riposte freinée par le manque de moyens

La réponse est également fragilisée par des contraintes financières et sociales.

Des mouvements de grève parmi les personnels de santé, liés à des retards de paiement, ont affecté certaines structures de prise en charge. Dans le même temps, plusieurs organisations humanitaires alertent sur un déficit de financement qui limite l’ouverture de nouveaux centres de traitement et le renforcement des laboratoires mobiles.

Face à cette situation, les chercheurs tentent néanmoins d’accélérer la recherche.

Pour la première fois, un essai clinique de grande ampleur est en cours afin d’évaluer plusieurs traitements expérimentaux contre la souche Bundibugyo. Coordonné par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et l’OMS, cet essai est considéré comme une avancée scientifique majeure dans la lutte contre une souche longtemps négligée.

L’Ouganda montre qu’une autre trajectoire est possible

A quelques centaines de kilomètres de l’épicentre, la situation évolue différemment.

L’Ouganda a annoncé, le 16 juillet, la sortie de son dernier patient hospitalisé. Le pays est ainsi entré dans la période de 42 jours exigée par l’OMS avant de pouvoir être officiellement déclaré exempt d’Ebola, à condition qu’aucun nouveau cas ne soit détecté. Les autorités ougandaises précisent toutefois que la majorité des infections enregistrées étaient directement liées à des personnes venues de la République démocratique du Congo.

Cette évolution illustre une réalité essentielle : dans la région des Grands Lacs, la maîtrise de l’épidémie dépend autant des efforts nationaux que de la coopération transfrontalière.

Une menace qui dépasse les frontières congolaises

La circulation quotidienne de commerçants, de transporteurs et de familles entre la RDC, l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud maintient un risque permanent de propagation régionale.

L’OMS, Africa CDC et les ministères de la Santé des pays voisins ont renforcé les dispositifs de dépistage aux postes-frontières, multiplié les formations du personnel médical et intensifié la surveillance communautaire.

Mais les experts rappellent qu’aucune frontière ne peut arrêter, à elle seule, un virus lorsque des chaînes de transmission demeurent invisibles.

Une course contre la montre

Pour les habitants de l’est de la RDC, Ebola n’est plus seulement une urgence sanitaire.

Il s’ajoute à une succession de crises faites de conflits armés, de déplacements forcés, d’insécurité alimentaire et d’un système de santé déjà sous forte pression.

Des agents communautaires de l'OMS sensibilisant la population (Illustration)
Des agents communautaires de l’OMS sensibilisant la population (Illustration)

Chaque nouveau cas confirmé rappelle que la bataille contre le virus ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement, mais aussi dans les villages isolés, les marchés, les axes frontaliers et les communautés où la confiance envers les autorités sanitaires reste fragile.

Alors que l’Ouganda espère bientôt tourner la page de cette flambée, la République démocratique du Congo continue de mener une course contre la montre. Et tant que les chaînes de transmission resteront plus rapides que les équipes chargées de les retracer, l’épidémie conservera une longueur d’avance.

 

Sources :  AP News, Reuters, Reuters, The Guardian, The Wall Street Journal

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