Génocide contre les Tutsi : deux nouveaux suspects arrêtés en Allemagne et au Canada
Par Télesphore KABERUKA
Près de trente-deux ans après le génocide contre les Tutsi de 1994, la traque internationale des personnes soupçonnées d’y avoir participé se poursuit. Les autorités judiciaires de l’Allemagne et du Canada viennent d’interpeller deux ressortissants rwandais recherchés depuis plusieurs années par la justice rwandaise pour leur implication présumée dans le génocide et des crimes contre l’humanité.
Dans deux communiqués publiés le 16 juillet 2026, le Parquet national du Rwanda (National Public Prosecution Authority – NPPA) a confirmé l’arrestation d’Innocent Sebagoyi en Allemagne et de Laurent Nduwayezu au Canada, deux procédures distinctes qui illustrent le renforcement de la coopération judiciaire internationale dans la lutte contre l’impunité.
Deux arrestations à quelques jours d’intervalle
Selon le NPPA, Innocent Sebagoyi a été arrêté le 1er juillet 2026 par les autorités judiciaires de la République fédérale d’Allemagne. Cette arrestation fait suite à un acte d’accusation et à un mandat d’arrêt international émis par le Rwanda en 2019.
Quelques jours auparavant, le 22 juin 2026, les autorités canadiennes avaient procédé à l’arrestation de Laurent Nduwayezu, en exécution d’un mandat d’arrêt international délivré par le Rwanda dès 2014, témoignant d’une procédure engagée depuis plus d’une décennie.
Deux anciens responsables visés par des accusations graves
Né le 20 septembre 1967 dans le district de Rutsiro, Innocent Sebagoyi occupait, au moment du génocide contre les Tutsi, les fonctions de bourgmestre adjoint chargé des affaires administratives et juridiques dans l’ancienne commune de Kayove. Le parquet rwandais le soupçonne notamment de génocide, d’extermination comme crime contre l’humanité ainsi que d’incitation directe et publique à commettre le génocide.
Les autorités lui reprochent d’avoir participé aux attaques contre des Tutsi dans plusieurs secteurs de l’ancienne commune de Kayove, notamment celles visant les personnes réfugiées à l’école de Muyange.
De son côté, Laurent Nduwayezu, né en 1958 dans le district de Burera, était chef de la sécurité de BRALIRWA à Gisenyi, dans l’ancienne commune de Rubavu. Il est poursuivi pour génocide, complicité de génocide, complot en vue de commettre le génocide, extermination et meurtre en tant que crimes contre l’humanité.
Le NPPA affirme qu’il aurait participé à plusieurs réunions au cours desquelles des listes de Tutsi destinés à être tués étaient établies, avant de prendre part aux massacres perpétrés dans différentes localités de l’ancienne commune de Rubavu.
La coopération internationale saluée
Le parquet rwandais a salué la collaboration des autorités allemandes et canadiennes, estimant que ces arrestations témoignent d’un engagement croissant de la communauté internationale en faveur de la justice pour les victimes du génocide contre les Tutsi.
Cette coopération judiciaire permet au Rwanda de poursuivre les personnes recherchées, même lorsqu’elles résident à l’étranger, grâce aux mandats d’arrêt internationaux et aux mécanismes d’entraide judiciaire entre Etats.
Une lutte contre l’impunité qui se poursuit
Plus de trois décennies après le génocide contre les Tutsi, les autorités rwandaises continuent de rechercher plusieurs suspects vivant hors du pays. Les arrestations d’Innocent Sebagoyi et de Laurent Nduwayezu viennent rappeler que les enquêtes se poursuivent et que le temps écoulé ne met pas fin aux poursuites engagées contre les personnes soupçonnées d’avoir participé aux crimes de 1994.
Une traque mondiale loin d’être terminée
Les arrestations d’Innocent Sebagoyi et de Laurent Nduwayezu rappellent que la traque des auteurs présumés du génocide contre les Tutsi est loin d’être achevée. Le 29 juin 2026, lors d’une cérémonie organisée par les deux Chambres du Parlement à l’occasion de la 32ᵉ commémoration du génocide contre les Tutsi, la Directrice générale de la Justice internationale et de la Coopération judiciaire au ministère de la Justice, Dr Charity Wibabara, a révélé que le Rwanda avait déjà adressé 1 199 demandes internationales d’arrestation visant des suspects de génocide. Malgré ces efforts, seules 63 personnes, soit 5,25 % des individus recherchés, ont jusqu’à présent été traduites devant la justice. Parmi elles, 32 ont été extradées vers le Rwanda (50,8 % des dossiers traités), tandis que 31 autres ont été poursuivies par les juridictions des pays où elles résidaient (49,2 %), dans le cadre de l’exercice de leur compétence universelle.
Au total, 1 136 suspects, représentant près de 95 % des personnes visées par des demandes d’arrestation internationales, demeurent encore hors de portée de la justice. Un constat qui souligne à la fois les progrès de la coopération judiciaire internationale et l’immensité du travail qui reste à accomplir pour que tous les responsables présumés rendent compte de leurs actes.